Hier, premier tour des municipales, et pour 93% des communes, celles à une ou deux listes, le seul tour, décisif. Le rapport au monde, et à la conception même de la démocratie, s’exprime aussi dans les urnes. Faisons le point sur ce qui nous motive… à voter, à agir.
Dans les précédentes éditions de cette newsletter, nous avons évoqué le rôle des émotions dans nos engagements vers l’action.
La peur n’est pas celle dont l’énergie est la plus mobilisatrice ! Pire encore, elle peut nous bloquer, dans la sidération, nous amenant à subir par immobilisme, ou nous entraîner dans une spirale vers le bas : de la peur à la rancœur, ajoutez une syllabe et il n’y a qu’un pas…
Les réseaux sociaux en sont un reflet instructif…
Une anecdote significative : le 18 février dernier, j’animais une soirée d’échanges sur la gare de Redon (35), dont l’objectif était de créer du débat entre les usagers et les élus pour une meilleure prise en compte des besoins, la valorisation de cet atout du territoire, et une mobilisation dans l’action collective.
Le contexte : Je suis en train de rédiger un livre pour l’association Mémoires Vives, dont l’objectif est de raconter et de tirer les leçons de mobilisations passées pour la gare de Redon où, lors de l’arrivée du TGV en Bretagne, celui-ci ne devait pas s’arrêter.
C’était alors créé un Comité de Défense et de Promotion de la Desserte ferroviaire de Redon, rassemblant, à la fin des années 1980, des collectivités, des représentants du monde économique et des usagers, qui a remporté quelques victoires, dans un contexte où cette gare était un élément central de la redynamisation d’un territoire impacté par une succession de crises. Je travaille à partir d’interviews des acteurs de l’époque et d’archives… Et c’est passionnant !
La soirée s’intitulait : « La gare de Redon, atout pour le territoire : histoire et perspectives »
Or, le journal local l’a annoncée avec ce titre, diffusé sur ses réseaux sociaux :
Redon : ils souhaitent que l’avenir de la gare soit débattu
S’en sont suivis une centaine de commentaires dont la plupart de personnes outrées, réagissant à partir de ce seul titre, que je résume ainsi : « Quoi, les politiques veulent fermer la gare, quelle honte ! »
Donc, quand on dit « avenir », pour la plupart des gens résonne le mot « déclin ».
Je le racontais dans la newsletter précédente : je me suis engagée sur une liste pour les municipales, à Peillac (56).
Dans le monde rural, et donc dans la commune où je vis, le déclin est perçu à travers les fermetures de commerces, le risque de désert médical, le regret d’être dans une ère du chacun pour soi quand il y a moins de lieux et d’occasions de sociabilité.
C’est une tendance de fond, cette perte de vitalité : et par exemple, en France, le nombre de bistrots, un des lieux de la sociabilité d’antan, a été divisé par 10 depuis 1945, passant de 600 000 à environ 60 000 aujourd’hui, ce qui a même conduit à une démarche auprès de l’Unesco pour sauvegarder ce « patrimoine » !
Pour autant, notre liste a souhaité se positionner avec une posture :
Nous, on y croit, il n’y a pas de fatalité !
Certes, cela veut dire qu’il faudra se mobiliser, se bouger, mais on a le droit aussi de croire que notre « village », cette commune de moins de 2 000 habitants peut rester : dynamique, attractive, rayonnante... À savoir qu’elle est la commune française à avoir le plus d’associations par nombre d’habitants : donc elle se distingue déjà dans son identité… et sa vitalité !
L’autre liste, comprenant pour moitié des personnes « déjà en place » (dont les adjoints de l’équipe municipale précédente), avait une autre posture : la continuité (s’appuyant sur le bilan des actions municipales du dernier mandat), et la rupture avec des pratiques de « non-communication » et de « non-transparence » reprochées au précédent maire (qui ne se représentait pas).
Cette posture pouvait se traduire en langage orwellien : « la rupture dans la continuité ». Cela me faisait sourire, mais, on le sait, la novlangue peut rencontrer l’adhésion…
De leur côté, c’était plutôt bien joué : il est difficile de déloger une équipe « en place » : cela n’arrive en moyenne que dans 16 % des cas, et essentiellement quand ce qui lui est reproché est lourd, et ici, par rapport à la rancœur à l’égard d’un manque de communication, ils ont fait amende honorable
De notre côté, avec la liste « Peillac, un élan commun », nous avons fait le choix de proposer une autre façon de faire vivre la démocratie locale, en proposant non pas de la “communication”, mais une réelle concertation à toutes les étapes des projets (et ça tombe bien, c’est aussi le métier de la n°2 sur notre liste).
Le résultat : d’abord, une réelle mobilisation des habitants de notre commune rurale du Morbihan, à rebours de ce qui est constaté et médiatisé pour ce premier tour (« un niveau historiquement bas » de participation estimée entre 56 et 58% au niveau national).
À Peillac, le taux de participation a été de 75 %
Nous n’avons pas gagné. Il nous aurait fallu… juste 26 vois de plus (sur un total de 1164 votes) !
Mais nous avons gagné deux choses : d’abord, la conviction qu’il y a une grande partie de la population de notre commune qui souhaite « le changement », dans le sens : plus de participation citoyenne. Nous avons fait du porte à porte dans toutes les rues et les hameaux, et les personnes ont apprécié… tout simplement qu’on vienne à leur rencontre, qu’on les écoute. Et je suis persuadée que c’est aussi le cas ailleurs, si on prend le temps d’aller vers les gens.
Deuxième apport et caractéristique : l’image et l’énergie, un facteur différenciant, entre leur « sérieux » très traditionnel et… notre enthousiasme.
Je ressors de cette aventure humaine revigorée par une émotion, mobilisatrice cette fois, que j’évoquais déjà : la joie, non seulement de l’engagement, mais surtout de l’engagement collectif.
J’ai eu la chance de vivre, après l’élaboration du programme, un mois intense de campagne avec une équipe soudée, aux rôles complémentaires, où tout a paru hyper fluide. Lorsque j’évoquais avec des personnes extérieures combien je me sentais nourrie par cette énergie collective, et combien ce collectif « fonctionnait », on me répondait :
Ça se ressent !
L’aventure va continuer, sous une autre forme, et ce sera un engagement collectif, pour emmener avec nous toutes celles et ceux qui veulent dépasser le chacun pour soi.
L’aventure démocratique est riche en rebondissements, en épreuves, mais il faut croire que l’on peut parvenir à atteindre notre but.
Ulysse a fait un long voyage, éprouvant et plein de péripéties, avant de retrouver sa place. Sa dernière épreuve était de bander l’arc qu’aucun des prétendants de Pénélope n’avait réussi à utiliser.
Lorsque l’on regarde le contexte sociétal comme géopolitique, nous pouvons considérer que nous sommes en pleine Odyssée, et nous avons parfois l’impression de naviguer de Charybde en Scylla. En tout cas lorsque nous suivons l’actualité.
Parfois, il est bon de s’extraire du flux des informations, c’est ce que j’appelle l’instant « hamac » (et oui, c’est bientôt la saison)…
Et se rendre compte que :
Il y a ici le chant des oiseaux et non le sifflement des bombes
Il y a des personnes qui sont prêtes à prendre de leur temps pour agir pour la communauté
Nous avons toutes et tous des compétences à mettre au service des engagements collectifs (pour moi, c’est la facilité à « mettre en mots » et à synthétiser les idées).
Et à l’issue du voyage des 6 ou 7 prochaines années, il faudra avoir musclé nos âmes, et pas que nos discours, pour atteindre notre cible… et dépasser les 50 % !
Maintenant, peut-on croire en l’avenir, au niveau sociétal, quand le compte en banque est vide déjà en début de mois ?
La question se pose pour de nombreux Français. Et pour moi aussi, malgré des contrats intéressants et « nourrissant » par leur sens, mais pas assez financièrement…
C’est pourquoi, juste pour ce mois-ci, je vous propose de devenir mes mécènes, pour me permettre de continuer « à y croire », et retrouver à titre personnel un peu de sérénité… chose nécessaire pour permettre à ma plume d’écrire sur le temps long, de créer, et de mettre en mots mes engagements !
Si vous avez envie de me soutenir dans mes projets, je vous invite à participer à cette cagnotte, à la hauteur de vos moyens (plus de détails en cliquant sur ce bouton) :
Qui je suis ?
Coach et consultante en communication, je suis plume “porte-voix” pour les personnes et organisations engagées.
Dans cette newsletter, je pars des constats issus de ma vie personnelle et professionnelle pour partager des outils au service de l’action dans un monde qui en a besoin. Je pose aussi les bases de mes réflexions pour un essai que j’entends rédiger dans le courant de l’année 2026.
N’hésitez pas à partager cette newsletter avec celles et ceux qui s’engagent et s’interrogent sur leur engagement, et si vous la découvrez, abonnez-vous !
Et pour m’écouter parler des mots de l’actualité, en rapport avec les enjeux des municipales, découvrez ma dernière chronique sur Euradio : “Vivre ensemble ?”