Un engagement au service du collectif ou pour faire bouger le monde, ce n’est pas une question d’âge mais une question de contexte : dans notre vie, dans quel cadre se structure notre rapport au monde... ? Entendons-nous suffisamment les jeunes sur ce sujet ?
Hartmut Rosa, dans l’ouvrage que j’ai déjà précédemment cité (Résonance - Une sociologie de la relation au monde, éditons La Découverte, 2018), analyse le rapport au monde des individus comme défini soit par la peur, soit par le désir. Il reprend les travaux de Max Weber, puis à sa suite de Jürgen Habermas pour distinguer sur le plan cognitif quatre types de rapport au monde, dans un tableau croisant d’une part les formes d’affirmation du monde et de négation du monde, et d’autre part un rapport actif ou passif au monde.
En bref, il ne suffit pas d’une impulsion du moment pour avoir envie de s’engager. Il faut aussi croire en notre pouvoir d’agir.
En préparant cette newsletter, j’ai voulu me replonger dans un article que j’avais écrit en 1998 suite à une étude qualitative réalisée pendant mon stage de 2e année à Sciences Po au sein du CRÉDOC (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie) et qui portait… sur le rapport au monde et à la faculté de se projeter dans l’avenir
L’article a été publié sous le titre “Les inquiétudes dans la société française” dans la revue Les Cahiers de la Sécurité intérieure (juste après un article sur les peurs d’hier et d’aujourd’hui de l’historien Jean Delumeau, excusez du peu !)
Je me souvenais d’une de mes hypothèses de recherche, selon laquelle les individus nés dans les années 1970 et après aurait un autre rapport aux inquiétudes que leurs aînés car ils ont grandi avec des incertitudes multiples et croissantes. Les plus jeunes s’accommoderaient d’autant plus des incertitudes qu’elles ont toujours “fait partie du paysage”. Nous sommes à l’époque de l’étude en 1996. Est-ce qu’une hypothèse semblable serait transposable aujourd’hui ?
J’ai été surprise en tout cas, à la relecture de cet article, de voir qu’il y a 30 ans (!!!) la question du rapport au monde et de ce qui motive ou conduit à l’engagement dans l’action était déjà présente !
Pour aller voir ce qu’il se passe “dans la tête des jeunes” d’aujourd’hui, je participe à un projet de podcast dont nous avons tourné un pilote, avec Abraham Donny, du studio Kitkut (à Nantes), à l’origine de ce projet.
On retrouve, dans cet échange entre trois jeunes en études “Sport business”, Aurore (21 ans), Lucas (18 ans) et Isaac (21 ans), cette affirmation : “Je saurai m’adapter”.
Si vous avez des idées de structures ou de partenaires qui pourraient être intéressés par ce projet (pour le déployer en leur sein ou pour le financer) afin de donner la parole aux jeunes, contactez-moi : alexandra@dire-et-ecrire.com
Pour aller dans ce sens : dans le livre "Inventaire des peurs françaises" publié en janvier dernier chez Odile Jacob par Anne Muxel et Pascal Perrineau, il apparait que les jeunes générations montrent un optimisme personnel important, se sentant capables de s’adapter aux crises, opposé à un pessimisme fort et un désarroi concernant le collectif.
Cet ouvrage explore les peurs collectives et individuelles des Français à travers une enquête menée auprès de plus de 3 000 personnes en 2023 et 2024.
Dans ce premier épisode de notre podcast, nous avons voulu jouer le jeu de la conversation “entre pairs”, notre rôle étant de cadrer et de leur laisser la plus grande des libertés… Et comme ils se connaissent via leurs études, ils ont assez vite parlé de ce qui les préoccupait le plus dans ce contexte : leur avenir professionnel. Et aussi, en filigrane de tout l’entretien : l’importance des liens.
Pourquoi moi j’ai rejoint ce projet ?
J’ai une fille de bientôt 15 ans, nos échanges quotidiens à partir de l’actualité me donne de l’espoir pour l’avenir, la profondeur de ses réflexions m’épatent chaque jour, et je trouve que l’on ne laisse pas assez voir cet aspect des “jeunes générations” : leur goût de l’avenir, en dépit des inquiétudes sur le monde comme il va.
À voir si dans le prochain épisode, notre façon de cadrer amène d’autres jeunes à s’exprimer sur leur capacité à s’engager.
Par contre, ils rencontrent parfois des freins, et c’est pour cela que le programme “Transition Juste” a été créé, pour accompagner les jeunes issus de milieux populaires, en partenariat avec des associations ancrées dans les territoires comme Ghett’Upou Unis-Cité, et avec le soutien de l’ADEME.
Selon la directrice du programme Irène Colonna d'Istria (makesens), il y aurait quatre freins majeurs à l’engagement dans les questions environnementales chez ces jeunes :
Un sentiment d’illégitimité chez les jeunes : ils ne se sentent ni entendus, ni à leur place
Des représentations biaisées : l’écologie est souvent perçue comme un sujet élitiste, voire culpabilisant
Une méconnaissance des opportunités professionnelles liées à la transition
Un manque de ressources des associations qui accompagnent les jeunes pour intégrer l’écologie à leurs actions
Lire l’article sur le programme sur le site de l’Ademe.
Des jeunes qui sont “actrices” ou “acteurs” engagé·es, il y a aura dans les prochaines newsletters !
Je terminerai en vous recommandant les travaux du réseau Université de la Pluralité sur ceux qu’ils ont appelés les Climate natives et la façon dont ils voient leur futur, dans le contexte du changement climatique.
Un des apprentissages de ce programme international qui a rassemblé 54 projets dans 29 pays est que les jeunes souhaitent : être acteurs ! Prendre la parole et prendre sa place, être consulté·es et agir…
Le site du programme WTFutures
Celle-ci peut prendre différentes formes dans le temps d’une vie, en fonction de l’énergie disponible. En ce moment, la mienne est de témoigner, faire témoigner, soutenir les personnes et organisations qui s’engagent et partager mes réflexions sur le sujet.
Pour me soutenir dans ces travaux d’exploration et mes projets d’écriture, vous n’avez plus que 7 jours pour participer à ma cagnotte en ligne !
Je vous remercie d’avance pour votre soutien.
Qui je suis ?
Coach et consultante en communication, je suis plume porte-voix pour les personnes et organisations engagées.
Dans cette newsletter, je pars des constats issus de ma vie personnelle et professionnelle pour partager des outils au service de l’action dans un monde qui en a besoin. Je pose aussi les bases de mes réflexions pour un essai que j’entends rédiger pendant la deuxième moité de l’année 2026.
N’hésitez pas à partager cette newsletter avec celles et ceux qui s’engagent et s’interrogent sur leur engagement, et si vous la découvrez, abonnez-vous !