Un engagement sur une liste pour les municipales est parfois synonyme de bataille entre deux ou trois listes. Et si on se battait non pas "contre" mais "pour"... La question est : pour quoi ?
Dans de nombreuses communes, des listes s’opposent. C’est tout de même mieux pour la démocratie que quand il n’y a qu’une liste, ou… pas du tout ! Mais pour quelle raison s’engage-t-on dans “la bataille des municipales” ? Et pourquoi parler de “bataille” ?
Je ne vais pas vous parler ici des grandes villes au sujet desquelles vous trouverez dans Le Monde, des scénarios guerriers avec des “méthodes de barbouzes ignobles” (à Nice), de “chasse sur les territoires” d’une candidate (à Marseille), ou tout simplement de “bataille” (à Nancy, par exemple), et je pourrais continuer la liste, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse.
Un tiers des Français vivent en milieu rural, où la plupart du temps, les listes qui se présentent s’affichent “sans étiquette”. Ce qui ne veut pas dire sans convictions politiques, et si des listes s’y opposent, c’est bien qu’elles n’ont pas les mêmes visions et valeurs.
Je vous propose de décliner cette thématique de l’engagement avec mon regard de colistière d’une de ces équipes d’une commune rurale (dans le Morbihan), de l’engagement “contre” à l’engagement “pour” et… “avec”. Car si dans les grandes villes (et dans certaines communes rurales aussi), le débat se focalise sur la tête de liste, il s’agit bien d’équipes. Solidaires d’une démarche, d’un programme, puis dans la gestion de la commune.
Pourquoi s’engage-t-on, non dans la “bataille” mais dans ”l’aventure des municipales” ?
Je le citais déjà dans ma newsletter d’octobre, selon Albert O. Hirschman dans Bonheur privé, action publique (1983), la déception peut-être un déclencheur du passage de l’investissement dans la sphère privé à un engagement dans l’action publique.
D’autres émotions peuvent déclencher des engagements : la peur, quand celle-ci ne paralyse pas (et on en parle ici) ; ou la colère, très présente aujourd’hui dans les discours…
Le CEPREMAP (Centre Pour la Recherche Economique et ses Applications) a analysé deux millions de discours prononcés à l’Assemblée nationale entre 2007 et 2024 et note que la rhétorique émotionnelle s’est imposée à partir de 2017, et plus encore après 2022. Les députés s’exprimeraient aujourd’hui davantage pour leurs followers que pour les autres députés, avec tous les effets pervers des réseaux sociaux sur la polarisation des débats et la violence politique. Lire l’étude.
Revenons au cœur du sujet : cette rhétorique de la colère est moins présente chez les élus locaux dans les petites communes, qui ne sont pas dans la même logique d’audience ! Pour autant, les clivages existent, et peuvent s’exprimer violemment, dans les interactions physiques entre les personnes comme sur les réseaux sociaux.
Le déclencheur d’engagement et de constitution d’une nouvelle liste est souvent l’insatisfaction face à ce qu’a fait l’équipe précédente, qui repart, tout ou en partie, vers un nouveau mandat.
Une insatisfaction qui peut s’exprimer dans le nom de la liste (dans le style “Nantes mérite mieux”) mais je me suis penchée sur le nom des listes dont parlait mon journal local la semaine dernière, et j’y ai vu autre chose : finalement, les équipes sortantes comme les challengers affichent au travers de leurs noms des messages assez proches.
Bon, on n’est pas satisfait et on propose une alternative, cela peut être dit très clairement :
“Une alternative pour toutes et tous”, à Guémené Penfao (44)
Mais vous noterez le “pour toutes et tous” : on veut rassembler.
Tandis qu’un maire sortant insistera sur la continuité, mais n’oubliera pas de mentionner la commune, dans son ensemble :
“Continuons d’agir pour Les Brulais” (35)
Vous le voyez le verbe d’action ? On le retrouve très très souvent :
“Questembert 2026, agir ensemble pour demain” (56)
“Ensemble, construisons demain”, à Carentoir (56)
Le “triplé gagnant” c’est ça : verbe d’action + idée d’union + idée d’avenir
Parfois, on a juste un “doublé” :
“Ensemble pour l’avenir de notre commune” à Saint-Just (35)
“Unis pour l’avenir” à Mernel (35)
Plus rares, des noms sur l’identité et les valeurs :
“Renac, attractive et solidaire” (35)
“Bains diverse et citoyenne” à Bains-sur-Oust (35)
Et un inclassable :
“Osons Plessé” (44)
Source : Les Infos du Pays de Redon du 11 février 2026
Et nous, c’est quoi ?
Peillac, un élan commun
Triplé gagnant ? Oui, car dans l’élan nous donnons une idée d’action… vers l’avant !
Liste “Peillac, un élan commun” (Peillac, Morbihan, village de 1873 habitants)
Et pourquoi je me suis engagée sur cette liste ?
Tout simplement parce que je ne me reconnaissais pas dans ce que proposait la liste issue de l’équipe sortante, et bien plus dans la dynamique participative de la liste que j’ai rejointe, dans l’esprit des “listes citoyennes”.
Dans les cours mis à disposition gratuitement avant les municipales par la plateforme SATOR (qui propose des formations “pour construire des sociétés soutenables”), on trouve un premier module sur l’engagement, qui nous rappelle que :
Le pouvoir d’agir procure joie et satisfaction
et que l’action à plusieurs signifie aussi faire partie d’une “communauté de destin”.
Je fais donc partie d’une liste, d’une communauté, et nous nous répartissons les actions (rendre visite aux commerces, nous renseigner sur les acteurs de la santé pour répondre à nos problématiques de “santé de proximité” (i.e. ne pas devenir un désert médical), rencontrer les associations) et nous nous réunissons pour travailler sur le programme.
Cela demande un gros investissement : en temps, et en matière grise. Je connais sur le territoire une liste, constituée dans le même état d’esprit, qui a jeté l’éponge devant l’ampleur de la tâche (la première et non des moindres étant de constituer une liste, paritaire, complète – chez nous : 19 personnes + 2 suppléant·es).
Une grosse partie du travail aussi : construire les outils et méthodes de communication adaptés ! Notre message et nos propositions, reste à les faire connaître… (d’ailleurs, dès cette newsletter envoyée, je lance la page Facebook !)
Nous ne nous connaissions pas, pour la plupart. Et parce que nous avons choisi de proposer “une autre liste”, cette motivation de proposer autre chose aurait pu être une expression “contre”. Notre choix a été de nous montrer rassembleurs.
Et positifs !
Dans le contexte général, le premier réflexe est de réfléchir comment “ralentir la disparition” des commerces dans les petites communes. Et si on décidait de croire que le “déclin” n’est pas une fatalité ?
Nous souhaitons donc “soutenir et développer” les commerces et services, sans oublier les artisans…
Il est symptomatique que le mot “avenir” pour beaucoup de monde, est pas qu’en milieu rural, soit synonyme de “déclin”.
Le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF - Sciences Po réalisé entre la mi-janvier et le début février 2026 nous apprend que seuls 22 % des Français affirment qu’ils ont confiance dans la politique. Les commentateurs de l’étude détaillent avec force d’inquiétude les sentiments négatifs des Français à l’égard de leurs représentants.
Mais cette défiance s’exprime surtout à l’endroit de l’échelon national ! Pour 79 % des Français, il faut donner plus de pouvoir aux collectivités locales, perçues comme plus efficaces que l’État.
Présentation du 17e Baromètre de la confiance politique
Pour quoi se battre ? C’est “contre” le fatalisme et “pour” se donner les conditions de conserver ou améliorer nos cadres de vie.
L’engagement dans une liste, cela demande un investissement, et vous savez que mon sujet est “comment trouver l’énergie de s’engager, sur la durée”. Et bien cette énergie, cette force, elle vient :
de l’engagement collectif, et ce que l’on appelle “intelligence collective” me montre au quotidien combien 2 + 2 est largement supérieur à 5 (donc à 21 personnes, vous imaginez !)
de l’alignement entre “ce en quoi je crois” et “ce que je fais”. Oui, on peut être “pas content” et ruminer dans son coin (SPOILER : ça vous ronge et ça vous coûte énergétiquement), on peut aussi se mettre en marche, choisir sa cible et sentir que l’on se tient plus droit quand on avance vers son objectif (je précise la cible n’est pas une personne à abattre… mais un but à atteindre. Une cible, quoi 🎯)
Pour rappel, les élections auront lieu les 15 et 22 mars prochains : Une façon de s’engager est de VOTER !
Ne rien faire n’est pas neutre
Qui je suis ?
Coach et consultante en communication, je suis “plume porte-voix” pour les personnes et organisations engagées.
Dans cette newsletter, je pars des constats issus de ma vie personnelle et professionnelle pour partager des outils au service de l’action dans un monde qui en a besoin. Je pose aussi les bases de mes réflexions pour un essai que j’entends rédiger dans le courant de l’année 2026.
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