Kessel

Dystopie ou utopie, qu’est-ce qui nous motive le plus ?

Si l’on voit l’utopie comme la définition d’une société idéale, et une dystopie comme une société dans laquelle ça a mal tourné, ces imaginaires sont-ils chacun à leur manière mobilisateurs pour nous faire agir ?

Quels sont les ressorts émotionnels qui nous poussent à agir ? Est-ce que ce qui nous motive est la perspective d’un avenir radieux, vers lequel nous avons envie d’aller, ou la vision des catastrophes à venir, que nous voulons éviter ?

La dystopie, quels signes avant-coureur ?

Si l’on se réfère à 1984 d’Orwell, nous pouvons décrypter les novlangues contemporaines pour (nous) mettre en garde et appeler à la vigilance : les mots ont un sens et peuvent servir à cadrer ou déplacer le cadre de nos attentions.

Bannir des mots, c’est chercher à effacer des réalités, c’est ce qu’a fait l’administration Trump en mars 2025, en refusant de financer les programme de recherche comportant certains mots :

Femmes, science du climat, crise climatique, handicap, diversité, en danger, biaisé, défenseurs, Noir,  antiraciste, égalité, équitable, genre, violence sexiste, discours de haine, immigrant, inégalité, injustice, LGBT, minorité, multiculturel, préjugé, racisme, sexualité, préférence sexuelle, systémique, traumatique…

Quant aux visions catastrophistes du futur, la canicule actuelle nous donne un avant-goût de conditions climatiques pas complètement rassurantes pour l’avenir.

Mais on le sait, l’éco-anxiété est parfois facteur de malaise, de sidération, et des visions sombres du futur peuvent avoir des effets néfastes sur l’action… et sur la santé.

Des utopies pour mobiliser ?

Les mots peuvent aussi donner de la lumière : Les éditions La Mer Salée, et ses fondateurs, Sandrine et Yannick Roudaut, ont quant à eux pris le parti de la “lumilutte” : donner des horizons positifs pour motiver l’action, définissant la maison d’édition comme :

Semeuse d'utopies et d'espoir radical

Et il est bon de se plonger dans les pages des Utopiennes, qui font appel à des autrices et auteurs expert·es de leurs sujets pour nous dessiner, à horizon 2043 ou 2044 (20 ans après l’année d’écriture) un futur “qui fait envie” ! On y trouve des rencontres dans des espaces collaboratifs, une présidente à vélo, une histoire de baleine qui, à la lecture, nous fait respirer plus amplement…

Présentation des deux ouvrages “Les Utopiennes”.

La prospective pour élaborer des trajectoires

Une autre façon de dessiner le futur et d’encourager l’action est… de fixer un objectif. Ainsi, l’ADEME propose quatre scénarios pour atteindre la neutralité carbone en 2050, chacun correspondant à des choix économiques, techniques et de société différents.

Découvrir les 4 scénarios de l’ADEME.

La prospective, ça peut aussi passer par la convocation des imaginaires… pour ensuite fixer un cap.

Ainsi, la Convention des Entreprises pour le Climat, dans son parcours Dialogue social et environnemental, avait eu recours à une dizaine d’auteurs et autrices, dont je faisais partie, qui ont animé une journée en mars dernier, conçue par le réseau Université de la Pluralité, pour “imaginer le dialogue social en 2050” dans des entreprises à visée régénérative.

À l’issue de leur parcours, les participant·es demandent aujourd’hui que se construise un cadre de référence partagé, pour inclure la dimension environnementale dans le dialogue social, ce qui semble de plus en plus indispensable au vu des défis à venir (et bien présents lorsque l’on voit les réorganisations du travail comme des temps scolaires qui se font à l’arrache en pleine phase de canicule !).

Imaginer l’avenir conduit ces acteurs du monde de l’entreprise à exprimer “le besoin d’une boussole commune”, pour reprendre les termes d’Ingrid Kandelman, pilote de ce parcours…

Seront-ils entendues par nos dirigeants qui s’entêtent à “gérer” des “crises” successives au lieu de s’inscrire résolument dans le temps long ?

Et les jeunes, ils en pensent quoi ?

Les acteurs d’aujourd’hui et de demain (car demain commence aujourd’hui) sont particulièrement concernés par les émotions liées à l’écologie.

Si je me base sur les réactions de l’ado de 15 ans que j’ai à la maison, un peu de vision positive de l’avenir ne fait pas de mal. J’en veux pour preuve qu’elle a demandé à voir, puis revoir, le docu-fiction-prospective “France, il était une fois demain” (disponible sur la plateforme France TV jusque début août), avec une réaction du style : « j’ai envie de construire ce monde-là. »

Donner à voir un futur désirable est essentiel… à condition de ne pas en montrer qu’une version, car nombreux sont les chemins… et les possibles.

Et si je me réfère au projet international mené auprès des jeunes par le réseau Université de la pluralité, les “éco-émotions” (émotions liées à l’écologie) doivent également être vues comme mobilisatrices : Plusieurs études montrent en effet que ces “éco-émotions”, même la peur et la colère, sont d’avantage des moteurs que des freins à l’action.

According to Arnaud Sapin, “If we look at the studies, most of the eco-emotions are rather drivers than barriers to action. Highly anxious people and angry people are the ones that are doing the most. Taking action consumes a lot of energy. All emotions, whether negative or positive, provide energy that we can use to think, to reflect, to question ourselves and in the end to go, to act and make good futures. The worst is to not feel anything!

Le pire serait en effet de ne rien ressentir…

Découvrez ici les analyses des résultats du projet sur la question des émotions.

Et pour revenir sur l’ado que j’ai à la maison, elle rêverait parfois d’événements de type “attaque de zombies” ou une “vraie catastrophe” face à laquelle des groupes solidaires et volontaires se constitueraient, qui nous réveillerait de notre apathie, nous les grenouilles pour lesquelles, même quand il fait très chaud, visiblement, l’eau chauffe trop doucement pour nous faire réagir !

Ouvrir les imaginaires

Et si on ne décidait pas, lorsque l’on construit un récit du futur, d’une couleur dominante à l’avance ?

Si l’on adopte la pensée complexe, chère à Edgar Morin, on le sait : il a des espaces sociaux et environnementaux où la situation va s’aggraver, mais il y a aussi des espaces dits “de résilience” et de l’espoir à certaines échelles, souvent locales et toujours coopératives.

The future is already here — it's just not very evenly distributed. 

Le futur est déjà là. Il n’est simplement pas réparti équitablement.
 William Gibson, in Neuromancien, auteur de Science-Fiction, figure du mouvement littéraire cyberpunk

Mais surtout, au-delà d’une mode autour du mot : construisons des imaginaires “sensibles”.

On le sait, et c’est fondamental dans le rapport au vivant : c’est l’expérience de la nature qui ancre le mieux les combats pour la biodiversité.

Le possible, le probable le souhaitable…

Élargir l’univers des possibles : voici donc ce à quoi je vous invite dans ma dernière chronique de la saison sur Euradio. Parce que tous les récits, même les “nouveaux récits”, n’ont pas encore été écrits…

Chronique autour du mot "possiblement”

Qui je suis ?

Coach et consultante en communication, je suis plume porte-voix pour les personnes et organisations engagées.

Dans cette newsletter, je pars des constats issus de ma vie personnelle et professionnelle pour partager des outils au service de l’action dans un monde qui en a besoin. Je pose aussi les bases de mes réflexions pour un essai que j’entends rédiger cette deuxième moité de l’année 2026.

N’hésitez pas à partager cette newsletter avec celles et ceux qui s’engagent et s’interrogent sur leur engagement, et si vous la découvrez, abonnez-vous !

L'Arc et le Hamac - La dynamique de nos engagements

Par Alexandra Fresse-Eliazord

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